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16 juin 2017 Paris Haussmann

La particularité de l’exposition réside dans le croisement des approches scientifique et artistique. Ses auteurs ont, par l’utilisation et la classification de données en grand nombre, constitué un inventaire précis et systémique des formes, des logiques et des échanges entre les éléments constitutifs du Paris haussmannien. L’exposition présente ainsi, sous une forme graphique et visuelle, un grand nombre de planches grand format, majoritairement en noir et blanc, des maquettes en bois, des objets en relief, des illustrations minutieuses des éléments de modénature, des photos et des vidéos du Paris d’aujourd’hui.

Révolution haussmannienne

La ville de la IIIe République commandée par Napoléon III doit répondre à trois exigences : assainir, circuler et embellir.

Les travaux engagés dès 1853 par le préfet sont pléthores, qu’il s’agisse de l’assainissement, avec la construction d’un double réseau d’eau potable et d’eau de la Seine (nettoyage, espaces verts), du réseau d’égouts (340 km) et de gaz, du verdissement avec notamment la création des bois de Vincennes et de Boulogne, de l’édification des gares de Lyon et du Nord, ou de nombreux espaces publics majeurs, comme la place de l’Opéra, de la République, ou de l’Hôtel de Ville… La majorité de ces réalisations sont toujours fonctionnelles aujourd’hui.

De l’îlot à l’immeuble

La prouesse d’Haussmann est d’avoir su poser les bases d’une organisation inédite « en îlots » en réglementant les constructions nouvelles, particulièrement à l’emplacement des percées. Celles-ci s’organisent autour de l’îlot, jusqu’à intégrer les vestiges des anciens bâtiments.

Les meilleurs exemples montrent un îlot homogène, dont les hauteurs quasi identiques et les façades répondent aux styles imposés aux architectes/concepteurs. Cette réglementation va aboutir à la construction d’une typologie de l’immeuble largement documentée dans l’exposition.

Efficace et marchable

Par de nombreux aspects, l’organisation urbaine sous forme d’îlots denses présente une efficience pratiquement pas ou peu égalée, y compris par les bâtiments contemporains.

Ainsi, la mitoyenneté apparait comme un atout car la grande inertie entre immeubles s’ajoute aux matériaux de construction qualitatifs comme la pierre, aux hauteurs sous plafonds, aux ouvertures et à la faible largeur des bâtiments. Tout cela démontre l’efficacité du modèle en termes de confort, d’isolation et de circulation des flux.

L’îlot type haussmannien est pratique et n’est pas dépourvu de confort, puisque sa conception accorde une grande importance à la luminosité, à la ventilation, à l’accès aux services et aux équipements et aux moyens de transport. Haussmann invente le « confort urbain ». Le temps d’accès ou « marchabilité » est un des meilleurs parmi les villes comparées : entre Brasillia (35%) et Barcelone (68%), Paris se situe à 63%.

Modernité, mixité ?

Les nombreuses constructions détruites par les percées libèrent des parcelles, sur lesquelles sont érigés les fameux immeubles de rapport, qui incarnent les principes de l’hygiénisme. Les usages et les formes de l’immeuble sont hiérarchisés : de l’entresol aux combles, chaque étage correspond à une catégorie de la population parisienne. On peut y voir une première forme de mixité sociale, ou au contraire, une volonté de contrôle des populations ouvrières, dont se méfie Napoléon III. La normalisation des constructions introduit également une sorte d’uniformisation, qui fait de la capitale une ville homogène, plutôt agréable à regarder. En seulement vingt ans, le Préfet mène la construction / reconstruction de 75% du bâti de Paris.

Pour finir de convaincre le visiteur, une table présente les mots clés balayés par les auteurs : globale, intense, accessible, appropriable, cohérente, efficace, marchable, homogène, équilibrée, iconique, xs/xl, réversible, adaptable, smart, narrative, généreuse, constante, sérielle, locale, mitoyenne, théâtrale, modulable, flexible.

Les commissaires de l’exposition ont décortiqué le modèle de l’îlot et de l’immeuble haussmannien, pour y voir et faire voir un concept complétement moderne, qui a pu s’adapter avec le temps et qui du fait de sa conception atypique correspond à des normes encore acceptables. Il résiste à toutes les comparaisons, tel l’idéal indémodable : hauteurs sous plafonds, parquets, cheminées, façades en pierre, balcons. Ces caractéristiques sont encore aujourd’hui les clés de son succès.

Raphaëlle Bergerot

Pour aller plus loin :

Lien vers site arte cartes et illustrations http://ddc.arte.tv/cartes/308
Lien vers vidéo JC Victor le dessous des Cartes https://youtu.be/mBAT7e1_n70

[1] A Paris au Pavillon de l’Arsenal du 31 janvier au 4 juin 2017