1 août 2017 40 ans : mutations et constance

A Codra, nous avons toujours considéré que l’indépendance était une chance, une liberté qui a un prix mais qui nous confère une posture « codrasienne » vis-à-vis de nos maîtres d’ouvrages : être à l’écoute puis suggérer, convaincre sans imposer, faire comprendre pour mieux entreprendre. Nous préférons miser sur un investissement humain singulier pour chaque mission plutôt que sur des processus standardisés qui sont parfois nécessaires mais qui tendent à dépersonnaliser les territoires. Le conseil singulier, épris du ressenti humain et local, suggère un questionnement perpétuel et une écoute en continu.

C’est l’optique de David Lizion, qui m’a succédé à la gérance de cette belle entreprise depuis le 10 juin dernier. Spécialiste de la planification urbaine et des problématiques environnementales, il exerce au CODRA depuis 14 ans à la Réunion d’abord puis à notre siège de Bagneux. Il fait de l’introspection méthodologique, favorisant ainsi l’innovation et la possibilité de faire ou voir autrement, le socle du nouveau projet d’entreprise.

Les statuts de l’entreprise ont prévu que les associés puissent désigner en leur sein un gérant, potentiellement chaque année, ce qui permet une transmission de l’outil de travail en toute indépendance. Jean-Pierre Portefait, co-fondateur de cette SARL à capital variable (qui faisait suite à une scop, le BERU) était un fervent défenseur de ce modèle, favorable à la liberté de parole et à l’indépendance d’esprit. Il a marqué le petit monde de l’urbanisme des années 60 à 90. Parmi ses références, citons la contribution à l’écriture de la Loi d’Orientation Foncière puis ce que nous appelons la « brique rouge », un compte rendu des premières expériences de Plan d’Occupation des Sols,…et aussi – clin d’œil – une étude de faisabilité d’une maison des volailles à …Loué dans la Sarthe, qui a donné lieu à une recherche internationale sur le poulet et sa consommation universelle ! Toujours associé, il est resté fidèle à l’entreprise jusqu’au bout de sa vie et a vu s’écrire cette nouvelle page pour CODRA, rendue possible précisément par la structure juridique qu’il avait contribué à définir. Il nous a quitté le 18 juillet dernier, nous souhaitions lui rendre cet hommage. Son esprit d’innovation et son exigence restent présents pour le futur de CODRA.

Entre tristesse d’avoir perdu un être cher et enthousiasme pour l’avenir, nous vous invitons à partager notre actualité du moment pour cette 55ème édition estivale.

Notre invité est Emmanuel Bouet, directeur de l’association régionale HLM de Bourgogne, avec lequel nous collaborons depuis plus de deux années en tant qu’animateur référent du « Manifeste de l’habitat dans les territoires dits détendus ». Nous l’avons interrogé sur l’évolution du rôle des organismes et leur fédération dans l’induction ou la participation à l’écriture d’une nouvelle vision territoriale.

Au moment où l’idée d’une « Agence Nationale de Revitalisation Rurale » pourrait devenir réalité, Claire Philippe propose une lecture concrète des problématiques à partir de nos expériences acquises à l’occasion de différentes missions : innover dans les territoires ruraux tant sur les projets que sur les instances d’impulsion ou l’impérieuse nécessité d’une ingénierie adaptée à la conduite de projet.

Faire cohabiter l’agriculture et l’urbain : une préoccupation première dans l’élaboration des documents de planification. Robin Chalot et Catherine Brown proposent un tour d’horizon de la question, dans leur posture de médiation parfois entre les enjeux d’un développement urbain économe et la pérennité de l’activité agricole.

Pablo Carreras a participé à une mission organisée par l’OCDE à Casablanca, sollicité par les autorités marocaines au moment où se dessine un véritable projet urbain métropolitain. Il nous livre un retour de cette expérience passionnante où les échanges d’expériences, françaises mais aussi internationales, peuvent nourrir les projets de planification dans leurs fondations. Penser et anticiper le phénomène métropolitain à Casablanca : avec lucidité et en bonifiant les réussites et les échecs vécus ailleurs.

Je transmets à David aussi le plaisir d’écrire un édito à votre attention tous les deux mois, pour vous faire part de notre lecture du contexte professionnel et notre actualité, bien sûr.

Cécile Bouclet et David Lizion.