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1 avril 2020 Vers un urbanisme correctif

Les temps changent : l’Homo Economicus, devenu Homo Mobilis cèderait la place à l’Homo Numericus. Une aubaine ? Un crédit, en tout cas, appuyant l’idée que la symbiose de l’homme avec la technologie le mènerait fort possiblement à l’excellence ou très certainement à sa perte. C’est au choix. Personnellement, il me semble que nous subissons plus que nous choisissons.

Six années devant nous, nous les urbanistes du quotidien, durant lesquelles nous accompagnerons les collectivités dans leurs réflexions et leurs réalisations. Pédagogie et créativité devront être au rendez-vous pour poursuivre et accélérer les évolutions à l’œuvre. Ainsi, l’urbanisme consumériste devrait s’estomper globalement pour laisser place à un urbanisme correctif déjà à l’œuvre sur certains territoires mais encore minoritaire à l’échelle nationale. Le dispositif Action Cœur de Ville témoigne de la volonté nationale en la matière. L’instruction ministérielle de l’été 2019 concernant la ZAN – Zéro Artificialisation Nette – est également une orientation administrative forte qui devrait se traduire localement très prochainement.

Avec la ZAN, la densité humaine doit être questionnée dans la mesure où l’on souhaite la renforcer et l’imposer à notre société individualiste. L’interroger, car jusqu’à présent, la vulnérabilité des populations n’a été qu’une préoccupation mineure, plus administrative que réelle : nuisances, pollutions, risques naturels et technologiques, sécurité publique, épidémies aussi. Des plans, des programmes, des directives et des contrôles hors sols ont souvent supplanté le bon sens de terrain. Nombre d’élus nous ont témoigné leur incrédulité ces six dernières années. Certains auront déjà renoncé. Les nouveaux édiles ont, eux, la charge de s’approprier cette bonne question de la densité et de générer de la réflexion à travers les outils de la démocratie coopérative.

Malgré tout, le mépris de l’intimité ne saurait perdurer, comme nous le rappelle Catherine Brown, urbaniste experte en planification à CODRA. Devrons-nous vivre en orientant définitivement nos regards vers l’écran plutôt que vers la fenêtre ?

L’emballement actuel sur les thématiques de mobilités est certainement bénéfique et les territoires se saisissent des dispositifs nationaux soutenant les initiatives locales, tant en milieu rural qu’urbain. Bien que certains aspects de la loi d’orientation des mobilités nous interrogent comme nous le rappelle Pierre Lopion dans sa réflexion sur le forfait Mobilités, les conditions semblent réunies pour faire mieux encore dans les six prochaines années. Nous avons accompagné plusieurs collectivités dans la réalisation de leurs schémas directeurs modes actifs ou schémas directeurs cyclables. Pablo Carreras, expert en Mobilités à CODRA, nous retranscrit le témoignage de Claude Hego, président du Syndicat Mixte des Transports du Douaisis, qui a su créer les conditions pour un usage renforcé des modes actifs sur son territoire.

Enfin, nos évolutions sociétales subies ou consenties, événements calamiteux et guerres, mènent nos regards sur le rapport que l’homme entretient avec le patrimoine. Supplicié, magnifié, abandonné ou encore sur-fréquenté, le patrimoine évolue et constitue bel et bien un enjeu prégnant pour nos sociétés. Lucille Leday, architecte et urbaniste à CODRA, nous livre sa réflexion sur les enjeux et l’apport de la technologie pour stocker, inventorier et donner à voir le grand patrimoine.

Bonne lecture à tous.

David Lizion, gérant de CODRA