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1 avril 2020 Densité, intimité : mais pourquoi choisir ?

L62_urb1Nul ne peut ignorer l’objectif de limiter l’étalement de l’urbanisation sur les espaces agricoles et naturels, tout en poursuivant la production de logements selon les besoins des territoires.

La densification des tissus urbanisés,  existants et futurs, est enclenchée : les collectivités revoient leurs règles d’urbanisme afin de réduire les zones à urbaniser.

Sur le terrain, la nécessité de sortir du modèle du lotissement, plébiscité depuis 70 ans, n’a pas produit de résultat à la hauteur des enjeux. A la sortie de la loi SRU, en décembre 2000, l’Etat avait pourtant demandé au Syndicat National des Aménageurs Lotisseurs de se mobiliser sur la création de nouveaux modes d’habiter, en particulier pour l’habitat individuel.

Or le constat est simple : la taille des terrains a souvent été réduite mais pas celle des maisons. La densification s’est produite par la seule réduction des espaces libres.

Outre la question de la banalisation des paysages urbains, celle de la qualité du cadre de vie saute aux yeux. En effet, qui trouverait agréable une pièce à vivre qui donne sur un mur ou sur le terrain du voisin, à moins de 2 ou 3 mètres ? Cette promiscuité peut générer des tensions : outre les vues directes, il y a les jeux des enfants, les fumées du barbecue, etc. Car le corollaire de cette réduction de taille à modèle équivalent est la diminution des possibilités de plantations et d’écrans de verdure entre les terrains, faute d’espace suffisant et donc la perte d’intimité en intérieur comme en extérieur. A cela, s’ajoutent une faible qualité des paysages ainsi que des impacts négatifs sur la biodiversité.

Qui pourrait apprécier son (petit) jardin bordé de grillage, permettant les vues simultanées sur tous les jardins de la rue ou du lotissement et la connaissance instantanée des occupations de ses voisins ?

Pourquoi exiger des grillages en limites séparatives ? Pourquoi murs pleins et palissades en bois sembleL62_urbnt peu présents dans les opérations des 20 dernières années ? Ils permettent pourtant cette intimité (avec des percées pour le passage des hérissons et autre petite faune !).

Mon propos n’est pas l’apologie des lots à 800 ou 1 000 m², loin de là : je critique l’inadaptation de la superposition d’un produit immobilier « historique », le pavillon, sur un découpage foncier rétréci. D’autant que cela contribue souvent à réduire aussi le traitement paysager des espaces publics ou collectifs : les espaces verts de qualité ne sont donc ni sur espaces privatifs, ni sur espaces publics…

En analysant les formes urbaines de grandes opérations d’urbanisme en cours en Ile-de-France (ZAC, Opérations d’Intérêt National), le constat est sans appel : les bons élèves de la densification ont répondu présents, mais avec le critère prédominant de produire plus, sur de moins en moins de surface au sol. La vision est quantitative et économique, au mépris du bien-être de l’habitant.

Comment les grands aménageurs de l’Etat que sont les Etablissements Publics d’Aménagement, peuvent-ils, en 2019, poursuivre sans sourciller les vastes opérations entamées depuis parfois plus de vingt ans, avec une prise en compte aussi faible du besoin d’espaces de respiration, de trame verte, de générosité des distances entre façades, concourant à la qualité de vie du lieu d’habitat ?

Comment considérer que la priorité quantitative donne le droit de remplacer des espaces verts de pleine terre par des toitures végétalisées et des espaces verts sur dalles où les arbres ne pousseront pas ?

L’objectif de frugalité de l’urbanisme est intéressant, car il ne met pas en cause la qualité : faire « moins » peut aller de pair avec « faire mieux ». Il faut surtout faire autrement, en pensant aux usagers de ces quartiers : ce n’est pas parce que nous sommes dans une société de plus en plus connectée que chacun a envie de vivre avec ses voisins en permanence.

Il faut donc, de façon urgente, des idées nouvelles, de la création adaptée à la diversité de nos quartiers de nos villes et de nos villages. Quitte à remettre en cause les programmes entamés au 20ème siècle !

A quand un « Stéphane Bern » pour lancer le concours des « lotissements / quartiers de villes du 21ème siècle où il fait bon vivre » ? A vos crayons !

 

Catherine BROWN