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Dans les documents de stratégie et de planification territoriale, le terme « attractivité » est allègrement employé alors que ces mêmes documents entendent écarter le plus souvent la notion de concurrence territoriale.

Cela peut surprendre étend donnée que « la mise en attractivité » a pour principe de capter et de faire fructifier des richesses provenant de l’extérieur. De la sorte, les territoires se font concurrence pour être en mesure d’attirer ces richesses.

En usant de la terminologie de l’attractivité, cela laisse croire que les politiques publiques servent à favoriser l’exogène et que les externalités positives associées profiteraient à l’endogène. La nuance est certes subtile, mais participe, comme on peut le voir dans de nombreuses réunions publiques à des incompréhension de la part des acteurs-citoyens.

C’est pourquoi nous nous demandons si cette notion d’attractivité est usitée à bon escient dans les documents de planification et de stratégie territoriale.

 

Quand l’attractivité devient une course concurrentielle

Nous constatons qu’il arrive que l’attractivité telle qu’elle s’envisage dans le champ de la stratégie et de la planification territoriale revient à rendre compte de la capacité des territoires à capter des richesses exogènes ou faciliter leur captation : ressources humaines, revenus, capital physique, …

De facto, nous entrons dans une comparaison interterritoriale engageant la notion de concurrence. Chaque territoire met en valeur ses forces, ses actions, pour attirer, donc accroître sa capacité à se démarquer dans un univers où chacun essaie de capter ou de retenir des ressources perçues comme des « stocks ».

La mesure de l’attractivité est symptomatique de cette mise en concurrence : nombre d’habitants supplémentaires, nombre d’entreprises nouvelles accueillies, etc. Elle se quantifie via la donnée statistique. Dès lors, il est possible de comparer « son attractivité » par rapport à celle du territoire voisin, et de manière objective.

D’ailleurs, le parangonnage devient le juge de paix pour exprimer des situations de réussites ou à l’inverse d’échecs.

 

Quand l’attractivité devient un but en soi ?

L’attractivité est recherchée, directement ou indirectement, au travers des documents de stratégie et de planification territoriale. Effectuons une recherche de texte (la fameuse loupe de Word) et on trouvera très souvent l’emploi du terme attractivité… sans qu’elle traduise ce qui est entendu.

Ainsi, sa définition contextualisée reste peu mise en avant. La question du « qui veut-on attirer ? » se cantonne bien souvent à dire : « des actifs… en vue de rajeunir la population dans un contexte de vieillissement » ou encore « des entreprises à haute valeur ajoutée… ».

Outre ce « détail », cette attractivité devient un but en soi. La solution ultime pour donner un nouvel élan aux territoires. Dans certains cas, elle intervient sans se demander si cela génère des effets de ruptures majeurs se heurtant au défi de l’acceptabilité ou de la faisabilité sociale et économique (au sens économique et financier).

Mais qu’en est-il, par exemple, de la capacité de maintenir ou d’accueillir ces nouvelles populations et comment atténuer les externalités négatives qu’elles induisent ? En effet, les effets positifs attendus d’une politique d’attractivité s’accompagnent toujours d’effets nous souhaités. A titre d’exemple, la venue de certaines populations, CSP cadres par exemple, peut générer une pression sur le marché immobilier, ou alors la présence accrue de touristes peut entrainer des saturations et/ou des dégradations ponctuelles voire structurelles de l’environnement, des réseaux, des mobilités…

Également, des politiques d’attractivité souvent ciblées géographiquement peuvent entrainer des effets de concentration dans la spatialisation des retombées espérées, laissant apparaître des inégalités entre des espaces de vie limitrophes.

 

Et si nous parlions plutôt de « résidentialité » locale ?

La « résidentialité locale » est la capacité des territoires à offrir des services correspondant aux besoins des populations locales, présentes et souhaitées à l’avenir, en cherchant à combiner des politiques sectorielles complémentaires.

Cette « résidentialité » est l’affirmation d’une satisfaction « du vivre ici » par une qualité de vie jugée attrayante. Contrairement à l’attractivité qui se mesure statistiquement, la « résidentialité » renvoie au subjectif, au ressenti. D’ailleurs, les étapes de la concertation politique et citoyenne employées dans le cadre de l’élaboration des documents de stratégie et de planification territoriale renvoient à cette perception sensible. Rarement, le chiffre ou la donnée sont évoqués spontanément, encore moins la comparaison quantitative avec les territoires voisins.

Il nous semble que cette « résidentialité » intègre des thèmes transversaux, qui exposent un écosystème :  la qualité environnementale, sociale, architecturale, commerciale, patrimoniale, des logements, du travail et des emplois, des équipements et des services ; elle ne relève pas de la performance mais bien de la sensibilité vécue dans un organisme vivant qu’est le territoire de vie.

Autrement dit, le développement territorial passerait moins par une perception de l’attractivité comme un but en soi, que par une amélioration du cadre de vie, donc de la « résidentialité » dans un espace donné. Sans quoi les ménages « voteraient avec leurs pieds ». Elle inverse par conséquent le champ des perceptions des politiques publiques en mettant la « résidentialité » comme une fin soi, et dont l’attractivité en serait une conséquence.

 

Conclusion : passer d’un vocable de performance à un vocable sensible

L’attractivité est un signal de performance comparative entre des territoires de grandes échelles (états, régions, notamment). Or, il nous semble peu opportun de mettre en concurrence les territoires locaux entre eux, d’autant plus s’ils sont limitrophes ou implantés dans des espaces fonctionnels élargis. Les uns et les autres étant souvent imbriqués et profitant des spécificités croisées.

Toutefois, cette « résidentialité » peut paraître restrictive tant elle semble s’intéresser prioritairement aux populations résidentes. Quid des touristes ? ou encore des travailleurs non-résidents ? Or, la notion de « résidentialité » interagit avec l’usage par des populations, pas seulement résidentes, des espaces de vie que sont également les sites touristiques, les espaces d’activités économiques, etc. Dès lors, elle renvoie à la liberté des collectivités de mettre en œuvre un mode de fonctionnement et de développement contextualisé pour des territoires vivants et viables selon le prisme endogène et dont les répercussions se feront sentir sur l’exogène.

Ainsi, la « résidentialité » appelle au sensible, à la perception, d’une qualité, espérons-le, engageante et accueillante pour des populations qui expérimentent à un moment donné de leur vie un espace de vie (ou territoire).

 

Nicolaye LAMY, économiste-urbaniste

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