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L’évolution de la connaissance scientifique face aux défis que nous connaissons (changement climatique, perte massive de la biodiversité…) nécessite une évolution dans les manières d’aménager les territoires, si nous voulons rendre ces derniers en capacité de résister aux effets du réchauffement climatique.

Ces dernières années, de nombreuses approches telles que la résilience territoriale, le bioclimatisme, l’urbanisme favorable à la santé, l’urbanisme circulaire, l’hydrologie régénérative ou encore le low-tech, viennent étayer les principes de cet urbanisme plus sobre et durable mais aussi parfois complexifier leur appropriation, menant à une perte de sens opérationnel. Quelle que soit la porte d’entrée retenue, un urbanisme durable doit poursuivre une approche locale et contextualisée, ainsi que globale et systémique (interactions, effets induits…).

L’observation montre que les enjeux de durabilité de l’aménagement ne peuvent pas être découplés entre les phases règlementaires et opérationnelles, et qu’au contraire ils doivent s’inspirer mutuellement.

Quels objectifs pour mieux prendre en compte ces principes dans les missions d’urbanisme ? Voici quelques propositions :

Objectif 1 – Intégrer les enjeux à l’échelle des documents d’urbanisme et s’appuyer sur des retours d’expériences opérationnels

Les prescriptions rédigées et dessinées par la planification doivent intégrer ces enjeux mais également garantir leur faisabilité technique. Les orientations d’aménagement et de programmation (OAP) sectorielles, au sein des PLUi ou des PLU, par exemple, ont un pouvoir décisif entre la planification et l’opérationnalité de projets structurants pour le territoire. Elles doivent être rédigées au regard des enjeux environnementaux locaux pour devenir des outils clés en main pour les études pré-opérationnelles.

Par ailleurs, les documents réglementaires peuvent venir contraindre les réponses durables proposées en phase opérationnelle, phase qui par sa temporalité et son processus, permet d’intégrer avec plus de réactivité des solutions nouvelles voire innovantes. La réglementation des documents d’urbanisme et de la même manière, la législation, doivent s’emparer de ces retours d’expérience pour évoluer en cohérence. Une souplesse est nécessaire et doit s’envisager notamment à l’occasion  des modifications et mises en compatibilité des documents. La qualité de rédaction des OAP et du règlement reste un enjeu important pour ces procédures se déployant sur des temps longs eu égard aux réponses opérationnelles.

Objectif 2 – Intégrer les objectifs environnementaux dans les programmes d’aménagement

Dans certains cas, l’absence d’objectifs environnementaux dans les programmes d’aménagement conduit à l’abandon des solutions durables dans les projets urbains, en raison d’une optimisation des coûts. Cela signifie, que si le projet n’est pas bien cadré dans le programme, le choix de la solution durable sera plus facilement évacuée dans les étapes suivantes. La maîtrise d’ouvrage se doit d’être accompagnée par des acteurs compétents (assistant à maîtrise d’ouvrage et/ou programmiste sensibilisés à ces enjeux) et de s’appuyer sur les études menées en amont ou en parallèle (telles que les études d’impact sur la santé…) afin de fixer des engagements à cette étape du processus.

Cette phase, associée aux études pré-opérationnelles, est également l’occasion de mettre en place des dispositifs d’expérimentation, tel que le propose l’urbanisme transitoire, tactique ou éphémère en vue d’envisager des solutions pérennes, sobres et utiles dans les phases suivantes.

Objectif 3 – Intégrer les objectifs environnementaux dans la conception et réalisation des projets

La phase de conception du projet urbain est essentielle dans l’intégration de l’environnement car elle finalise au cours de plusieurs phases (ESQ, APS, APD, PRO/DCE) les choix d’aménagement. Cependant, il s’agit également d’une phase particulièrement soumise à la contrainte financière (et de fait aux variabilités du marché). Le manque d’engagement en amont peut ainsi facilement entraîner la dégradation d’un projet.

En l’absence d’objectifs réglementaires poussés en matière de qualité environnementale, les solutions durables sont majoritairement introduites durant cette phase de projet, et souvent par le biais de certifications environnementales. Leur maintien durant la suite du processus dépendra de leur bonne prise en compte dans les dossiers de consultation et d’un suivi rigoureux, validant leur réalisation durant la phase de chantier. Cette phase est également un moment clé par la réalisation d’un chantier à faibles nuisances. Elle peut être l’occasion de réaliser des actions vertueuses souvent sous-estimées lors des phases antérieures, telle que l’intégration de matériaux de réemploi non identifiés auparavant, ou l’adaptation du projet en fonction d’un retour d’expérience lié au phasage….

Objectif 4 – Suivre le projet d’aménagement en usage

Une fois le projet livré, il est important de poursuivre une démarche d’évaluation du projet. Cela peut se traduire par le suivi d’indicateurs définis ou d’un cahier des charges prescrit (tel que proposé dans la démarche d’évaluation locale QDM développée en région Provence-Alpes-Côte-D’azur). L’objectif de ce suivi est de mettre en place des dispositifs d’ajustement dans le cas où des dysfonctionnements seraient identifiés, mais également de répertorier et valoriser les dispositifs concluants.

Cette phase est très souvent manquante dans les projets d’aménagement, par méconnaissance ou mauvaise reconnaissance. Cependant, elle mériterait d’attirer une attention particulière en fixant des objectifs quantitatifs et qualitatifs propices à l’élaboration d’un  retour d’expérience, utile pour d’autres projets et d’autres acteurs. Cette étape d’évaluation doit être anticipée en amont pour programmer la mission et fixer les indicateurs. Il peut également s’agir d’une analyse vis-à-vis de l’existant afin de capitaliser via des indicateurs d’évolution.

Article collaboratif rédigé par Laurène Paucsik, cheffe de projet aménagement durable et Nicolaye Lamy, Directeur d’études pour CODRA

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