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De plus en plus d’habitants interrogent une intelligence artificielle généraliste pour savoir ce qu’ils ont le droit de construire sur leur parcelle. Le besoin est réel mais les réponses, fluides et assurées, sont souvent partielles, dépassées, voire fausses, et c’est le service instructeur qui en paie le prix. À ce premier enjeu s’ ajoute un second, plus silencieux : le gâchis de ressources qu’entraîne le recours systématique à des IA surdimensionnées. Plutôt que de subir ce double glissement, les collectivités ont la responsabilité d’y répondre elles-mêmes, par un service à la fois plus fiable et plus frugal.

Avant même de pousser la porte de la mairie, l’habitant qui se demande s’il peut surélever sa maison, implanter un abri de jardin ou diviser son terrain a désormais un nouveau réflexe : il pose la question à une intelligence artificielle. Le « j’appelle le service urbanisme » cède peu à peu du terrain au « je demande à l’IA ».

Ce glissement n’est pas anodin. Car la question posée : « que puis-je faire de ma parcelle ? » est par nature réglementaire, locale, opposable et spatiale, elle engage le PLU de la commune, son règlement écrit, son zonage, ses prescriptions, ses servitudes. Or l’IA généraliste à qui on la confie ne connaît, précisément, rien de tout cela.

Un nouveau réflexe : interroger l’IA avant le guichet

L’usage est déjà là, et il s’installe. Il ne concerne pas seulement les particuliers : agents immobiliers, notaires, artisans, porteurs de projet « dégrossissent » eux aussi une question d’urbanisme en quelques secondes auprès d’un assistant conversationnel, avant toute démarche formelle. Le réflexe est compréhensible, le PLU est un document public, mais il reste difficile à appréhender pour un non-spécialiste : un règlement de plusieurs centaines de pages, un plan de zonage, des prescriptions et des servitudes qu’il faut encore croiser et interpréter « à la bonne parcelle ». Face à cette complexité, l’IA promet l’inverse : une réponse immédiate, en langage clair, sans rendez-vous ni délai. Le besoin auquel elle répond est légitime.

À mesure que ces outils s’intègrent partout, interroger une IA deviendra le geste par défaut. La question n’est donc pas de savoir si les habitants s’en remettront à l’IA pour leurs questions d’urbanisme : ils le font déjà.

Une réponse fluide n’est pas une réponse juste

Le problème tient à la nature même de ces outils. Une IA généraliste a « lu » énormément de contenus sur l’urbanisme français en général, mais elle n’a pas « le » PLU de cette commune, dans sa version opposable, ni ses documents graphiques. Faute de cette matière, elle répond à partir de connaissances génériques et comble les vides avec ce qui paraît plausible : une réponse partielle (le règlement écrit sans le zonage qui, sur cette parcelle, change tout), dépassée (une version antérieure du document) ou tout simplement inventée (un recul, une hauteur, une emprise au sol énoncés avec aplomb mais sans fondement local).

Le plus pernicieux n’est pas l’erreur elle-même, c’est qu’elle est délivrée avec exactement la même assurance qu’une réponse exacte, et que l’habitant n’a aucun moyen de faire la part des choses. Or une réponse réglementaire qui néglige la zone, les prescriptions graphiques, les servitudes ou l’exposition aux risques n’est pas une approximation mineure, elle peut affirmer l’exact contraire de la règle applicable.

Quand l’approximation arrive au guichet

Cet habitant mal informé ne s’arrête pas à son écran. Il se présente au guichet, ou dépose un dossier, convaincu d’un droit qu’il n’a pas — ou renonçant à un projet qui était pourtant possible. Pour le service instructeur, la charge se déplace mais ne disparaît pas, il faut désormais consacrer plus de temps à défaire une conviction erronée qu’à informer à partir d’une page blanche. Les échanges se tendent : « mais l’IA m’a dit que… », un refus parfaitement fondé est vécu comme arbitraire, et au bout de la chaîne apparaissent l’incompréhension, des projets abandonnés à tort, parfois du contentieux.

Le paradoxe est là, l’IA était censée alléger le travail des agents ; la « mauvaise » IA le surcharge. La désinformation a un coût bien réel en temps, en climat de confiance, en image et c’est la collectivité qui l’assume, sans l’avoir choisi.

Le gâchis silencieux de l’IA générique

À ce coût visible s’en ajoute un autre, qu’on ne voit jamais à l’écran. Interroger un grand modèle généraliste n’a rien d’anodin, derrière chaque réponse, ce sont des centres de données, de l’électricité et de l’eau de refroidissement qui sont mobilisés pour une question qui, le plus souvent, relève d’une simple recherche réglementaire bien menée. Rapporté à une seule question, le surcoût paraît dérisoire ; multiplié par les milliers d’administrés d’un territoire, posant chacun plusieurs questions, il devient un gâchis cumulatif et bien réel. On déploie une infrastructure colossale pour aller chercher une information qui tient dans quelques pages du règlement local.

Or la même question peut trouver réponse pour une fraction de ces moyens. Un outil ciblé, dédié, qui retrouve le bon passage du bon document et raisonne à partir de cela seulement n’a pas besoin de la puissance d’un modèle entraîné pour disserter sur tous les sujets du monde. La sobriété, ici, n’est pas un renoncement : c’est l’adéquation du moyen à la finalité.

Et c’est précisément ce qui engage la responsabilité de la collectivité. Le bloc communal est, par excellence, l’acteur qui inscrit dans ses propres documents – PLU, PCAET, SCoT – des objectifs de sobriété, de transition et de modération de la consommation des ressources. Il y aurait une contradiction manifeste à prescrire la sobriété dans ses plans et, dans le même mouvement, à laisser ses habitants se tourner par défaut vers les outils numériques les plus gourmands. Proposer un service frugal n’est pas seulement un bon calcul : c’est une exigence de cohérence et d’exemplarité. Là où elle a la main, la collectivité se doit d’éviter le gâchis.

Répondre au besoin : fiable, sobre, maîtrisé

La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut « laisser entrer » l’IA dans l’urbanisme : elle y est déjà. Elle est de savoir qui répond, et comment. Et là, une collectivité dispose d’un atout décisif : ses propres documents, dans leur version opposable.

Une réponse fiable suppose quelques conditions simples mais exigeantes : être ancrée aux documents réellement opposables, croiser le règlement écrit et les documents graphiques de zonage, des prescriptions, des servitudes, des risques à l’échelle de la parcelle interrogée ; citer les sources, pour que chacun puisse vérifier ; énoncer clairement qu’elle informe sans se substituer à l’instruction : le service instructeur reste seul compétent pour délivrer une autorisation. Et, peut-être surtout, savoir dire « je ne sais pas » plutôt que d’inventer.

Or, l’outil qui répond avec fiabilité est aussi celui qui répond avec sobriété : concentré uniquement sur les données pertinentes, il est à la fois plus léger et plus juste. Précision et frugalité, pour un outil réglementaire, ne s’opposent pas, elles vont de pair ! S’y ajoute la maîtrise : en hébergeant et en pilotant son propre service, la collectivité garde la main sur ses données comme sur le moteur qui les exploite. C’est une autre manière, là encore, d’assumer sa responsabilité plutôt que de la déléguer à des outils sur lesquels elle n’a aucune prise.

 

 

Reprendre la main, à la source

Les collectivités ont donc une carte à jouer et, nous semble-t-il, une responsabilité à assumer. Plutôt que de laisser leurs habitants aux approximations, et au gâchis, d’une IA générique, elles peuvent offrir elles-mêmes la réponse fiable, à la source, sur leurs propres documents. Le bénéfice est triple : un service instructeur soulagé des malentendus, des habitants informés avec justesse, et des ressources économisées.

C’est cette conviction qui nous a conduits, nous qui rédigeons les PLU, PLUi et SCoT, et qui en connaissons les subtilités, à développer « pluiAssist », un assistant d’urbanisme réglementaire spatialisé. Non pas un oracle qui prétend tout savoir, mais un outil qui répond sur les documents opposables, ancré à la parcelle, transparent sur ses limites, et frugal dans ses moyens. Une manière, pour une collectivité, de répondre à un besoin de renseignements d’urbanisme.

L’IA s’est déjà invitée dans la relation entre les habitants et l’urbanisme. La question qui reste ouverte n’est plus celle de sa présence, mais celle de sa fiabilité et de sa sobriété. Sur ce double terrain, les collectivités ont encore la main. Et la responsabilité d’en user.

Samuel BEAUMONT, directeur informatique et géomatique

Découvrez notre outil pluiAssist  – https://www.pluiassist.fr

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