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Vous avez créé puis présidé le SMTCO, un syndicat mixte SRU[1] à l’échelle du département de l’Oise. Quelle est sa vocation ?

L53_logoLe SMTCO réunit toutes les autorités organisatrices de la mobilité de l’Oise et a pour objectif d’agir en faveur de l’intermodalité. Pour porter cette volonté, différemment d’autres syndicats mixtes SRU, le SMTCO prélève le versement transport additionnel.

Ses premières mesures ont porté sur l’information, avec la mise en place du SISMO, Système Intégré de Services à la Mobilité dans l’Oise, aussi bien pour aider les voyageurs à préparer leur voyage en amont (site internet Oise Mobilité[2]) que pour les informer en temps réel pendant leur trajet (affichage des temps d’attente). Le système comprend une billettique intégrée Pass Oise-Mobilité.

Le SMTCO a aussi été créé sur l’idée qu’il fallait un observatoire suffisamment fin pour éclairer les échecs. Celui-ci a montré que les résultats en termes de fréquentation étaient très contrastés selon les lignes. Nous avons ainsi choisi d’intervenir sur des lignes peu fréquentées mais dont le potentiel était certain. En effet, le SMTCO subventionne ses membres pour toute amélioration de leurs lignes du point de vue de l’intermodalité ou des déplacements domicile-travail. Il a aussi incité à la création de lignes nouvelles, par exemple en prenant à sa charge 40% du déficit d’exploitation de la ligne régionale Crépy-Roissy.

Plus récemment, le SMTCO a engagé une harmonisation de la tarification de l’ensemble des services urbains et interurbains, ce qui représente une mesure incitative forte à l’usage des transports collectifs.

Il agit enfin en faveur du covoiturage : le site Oise Mobilité intègre une plate-forme de mise en relation de l’offre et de la demande[3], une solution complémentaire des transports collectifs dans les secteurs qui ne sont pas ou peu desservis mais même dans les zones denses aux heures creuses. Le fait que les offres de covoiturage apparaissent sur les feuilles de route individuelles proposées par le calculateur d’itinéraires reste encore très original. D’ailleurs, ce fut sans doute l’argument décisif pour l’attribution au SISMO du Trophée de l’Innovation au Salon Mondial de l’UITP en 2011 à Dubaï.

 Vous avez mis au point le concept de « mobilité courante » et vous travaillez maintenant à le concrétiser à travers le Club national pour la « mobilité courante »[4]. Comment ce concept est-il né ?

Il repose sur l’analogie avec l’eau courante, partant du principe qu’un usager doit pouvoir trouver une solution de mobilité où qu’il se trouve, même en rase campagne. Lorsqu’un des maillons de la chaîne de mobilité est manquant, l’usager a recours à la voiture individuelle sur la totalité de son parcours. Le rôle des autorités de mobilité est d’agir sur ce maillon manquant, afin de garantir l’accès à la mobilité.

La « mobilité courante » est un concept d’action ; il est né de cette vision et de l’expérience du SMTCO, partant de l’urbain mais englobant aussi le périurbain et le rural. A Compiègne par exemple, le réseau urbain, gratuit, fonctionne bien mais les embouteillages perdurent parce qu’ils sont le fait d’automobilistes venant de l’extérieur de l’agglomération, mais aussi d’habitants de l’agglomération travaillant en dehors de celle-ci.

L’obligation de résultat est au cœur du dispositif. La SNCF a appliqué ce concept, en proposant des solutions de mobilité de porte à porte, à travers ses filiales. Les autres opérateurs en sont capables également. Dans les secteurs difficiles à desservir en transports collectifs, il faut trouver des alternatives à la voiture solo. Le covoiturage fait partie des solutions de « mobilité courante » : le SMTCO fait appel à Blablacar pour la longue distance et à La Roue Verte pour la courte distance.

Le concept de « mobilité courante » repose aussi sur le retour d’expérience. C’est ce que fait le SMTCO à travers son observatoire : remonter les besoins et les informations du terrain.

De quelle façon le Club national de la « mobilité courante » agit-il en ce sens ?

L53_itw_colloqueBasé à l’UTC (Université de Technologie de Compiègne), il réunit la plupart des acteurs nationaux de la mobilité, du public comme du privé : techniciens des collectivités, élus, transporteurs, start-ups, consultants, chercheurs, etc. Tous sont confrontés à des difficultés similaires dans l’exercice de leur activité et mènent des réflexions qui vont dans le sens de la « mobilité courante ».

L’UTC a créé fin 2016 une chaire « Mobilité intelligente et dynamiques territoriales », pour préparer de véritables politiques de déplacements intelligents, intégrant tous les modes, en partenariat avec le SMTCO, la Région Hauts-de-France, l’Union des Transporteurs Publics (UTP) et l’Union Européenne. Le programme de travail pour les trois premières années porte notamment sur les méthodes d’enquête auprès des usagers potentiels des transports collectifs et sur l’électromobilité et son modèle économique. Ces travaux s’appuieront d’abord sur les trois agglomérations de l’Oise et le SMTCO (Beauvais, Compiègne, Creil) mais ont vocation à s’élargir aux Hauts-de-France et à tout le territoire national.

Le Club national de la « mobilité courante » est partie prenante de cette démarche et va l’accompagner en orientant son activité sur la mobilité intelligente. Notre objectif est aussi de relayer ces idées auprès des collectivités locales et de développer les échanges avec les professionnels du transport.

 

Propos recueillis par Pablo Carreras et Camille Kertudo

[1] Instauré par la loi du même nom en 2000, le syndicat mixte SRU est destiné à favoriser l’association d’autorités organisatrices de transports urbains et non urbains dans un bassin de vie ou d’emploi plus vaste qu’un PTU, dans les domaines suivants : coordination des services de transport, mise en place d’un système d’information des voyageurs, création d’une tarification coordonnée et de titres de transport uniques ou unifiés (compétences obligatoires).
[2] https://www.oise-mobilite.fr/
[3] http://www.covoiturage-oise.fr/
[4] http://mobilitecourante.fr/wordpress/

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