25 juillet 2019 Parcs nationaux : valoriser en préservant, préserver en protégeant ?

Le cœur du Parc national de la Réunion regorge de sites naturels exceptionnels, propices à la découverte et à la contemplation. Ces lieux sont généralement libres d’accès, mais pour la plupart, ne disposent pas encore d’installation de qualité permettant à chacun d’en profiter pleinement. De l’insuffisance d’aménagement d’aires de stationnement, à l’absence de point d’eau et de sanitaires, en passant par les difficultés d’accessibilité aux belvédères pour les personnes à mobilité réduite, les carences sont nombreuses.

Ce constat pourrait être élargi à l’échelle nationale. En effet, la France renâcle à rendre accessibles les parcs nationaux, préférant limiter la fréquentation touristique jugée incompatible avec la préservation des milieux naturels et des écosystèmes, alors qu’un un grand nombre de pays étrangers adoptent une autre approche : celle d’une ouverture organisée.

Les parcs nationaux y sont généralement équipés pour l’accueil des visiteurs et la fréquentation touristique. Au-delà des aménagements ponctuels (sentiers, points de vue, aires de repos, etc.), on y retrouve des complexes, type resort[1], parfaitement structurés, permettant de séjourner au cœur du parc préservé. Alliant les différentes gammes d’hébergement (de la chambre de luxe à l’emplacement pour le camping), ces structures offrent également différents services de restauration et de consommation ainsi que le point de départ des principales activités touristiques proposées.

Les pays anglo-saxons ont particulièrement développé ce concept. A titre d’exemple, le parc national d’Uluṟu-Kata Tjuṯa en Australie et son célèbre Ayers Rock, les parcs animaliers en Afrique ou bien encore ceux présents aux Etats-Unis d’Amérique, possèdent à chaque fois ces importantes stations de tourisme. C’est d’ailleurs souvent l’unique moyen de profiter de l’intimité de ces espaces remarquables. Ces structures, mais également les services (guides, activités, musées, etc.) et les aménagements qui les accompagnent, permettent à chacun de s’immiscer au plus près de la faune et de la flore présentes, de les admirer et enfin, de renforcer notre propre sensibilité environnementale. En favorisant la découverte de ces lieux, on accentue la prise de conscience écologique sur la nécessaire préservation de ces patrimoines.

Bien entendu, la fréquentation touristique y devient parfois excessive. Ainsi, le parc national de Yellowstone aux USA accueille chaque année plus de quatre millions de visiteurs. Cette fréquentation peut générer des impacts négatifs sur les milieux tels que le trouble, voire la dégradation des écosystèmes, la surutilisation des ressources en eau et en énergie, la production de déchets et l’enjeu de leur gestion, etc.

Certains parcs nationaux n’hésitent pas à prendre des mesures drastiques, en limitant notamment l’affluence journalière, en réglementant les horaires de fréquentation des lieux, mais aussi et surtout en instaurant un droit d’entrée. En effet, contrairement à la France, l’accès aux parcs nationaux à l’étranger reste payant. Jamais symbolique, mais toujours abordable, ce droit d’entrée génère des ressources qui financent l’exploitation et la valorisation du site.

A travers ces deux systèmes d’accueil touristique opposés, on note une nette différence sur les retombées économiques qu’engendre la gestion d’un parc national. D’un côté, les pays étrangers favorisent la venue des visiteurs et génèrent d’importantes richesses économiques, au risque parfois de dégrader leur patrimoine en raison d’une surfréquentation. A l’inverse, la logique de protection qui prédomine en France, axée sur un tourisme plus responsable, limite la découverte massive des lieux.

 

Gilles Durand


[1] Resort : terme anglais utilisé par des entreprises internationales pour désigner les villages de vacances ou stations de tourisme qu’elles exploitent, c’est-à-dire un complexe de loisirs ou un parc d’attractions dotés d’un ensemble hôtelier (source : Wikipédia)